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Marcher

J’aime marcher.

Avancer, à un rythme lent, le long des chemins et des sentiers. Peiner dans les côtes, s’égarer et rebrousser chemin, s’arrêter pour embrasser un panorama étourdissant.

Depuis quelque temps, je prends un carnet avec moi, et je fais des pauses, ici et là, afin de dessiner l’instant.

La rencontre avec l’environnement, l’émergence d’une réflexion, ce qui nait de mes pas et de mes errances.

Voici le résultat de ces marches artistiques, ces promenades dessinées, dont je ferai peut-être un ouvrage un de ces quatre, ou un spectacle, je ne sais pas encore.

Pour l’instant, je marche…

Propriété privée

Tout se vend et tout s’achète, du plus somptueux des palais à la plus misérable ruine. Ici, quelques pierres entassées, une promesse de bâtisse. Un mur suffit à imaginer la maison, il faut savoir rêver. Un être s’est projeté maître des lieux, il a délimité, il a clôturé, il a panneauté, il est déjà chez lui, à l’abri. Cric-crac.

Un refuge

Tapie au bord du chemin, lentement digérée par la végétation, une grangette, là-bas, comme un point de repère, une balise. Je la vois de loin, elle s’approche lentement, patiemment. Sa présence, même immobile, m’encourage. Elle me lance un défi. Pas question de ralentir avant de l’avoir atteinte.
Et puis, la voilà. À portée de main.
Je la croise. Je la dépasse. Elle est déjà oubliée.

Repos

Je suis arrivé.
Je monte ou pas ?
Mm…
Je préfère continuer un peu. Il y a chemin sur la gauche.
Je ne sais pas où il mène.
On verra bien.

Un pont, au loin

Tout là-bas, un raccourci. Paradoxalement, pour l’atteindre, je dois faire un détour.
Peser le pour, le contre, à chaque pas. Le calcul alourdit la marche.

Récompense

Tout au haut du chemin, une bien maigre consolation.

Bien encadré

Après des heures de marche, trempé et éreinté, la silhouette du village se dessine enfin.
Encadré par deux gardes solidement plantés, il patientera, le temps d’un détour avant de le rejoindre.
Dessiner et marcher exigent leur lot de patience.

Suivre les lignes

Nous sommes de la famille des funambules. Que ça soit le regard posé sur une carte ou le nez en l’air, finalement, on suit toujours un fil.
On marche le long d’une ligne.

Reflet

Il est des endroits où l’on s’arrête parce que les choses semblent à leur place. Ici, un reflet symétrique stoppe mes pas. Une amie, en voyant ce croquis, m’a dit : « J’y vois l’origine du monde ».
À bien y regarder…

Virage

La route, étroite, grimpe méchamment. Je m’arrête au milieu de ce virage avec une impression de déjà vécu. Il y a un an, en Malaisie, sur l’île de Pangkor, j’ai eu le même paysage devant les yeux. Exactement. La végétation était différente, la lumière aussi, mais l’agencement, la perspective, ce qui s’en dégageait, c’était pareil.
Il existe des lieux jumeaux, à des milliers de kilomètres de distance. Quand on s’y retrouve, cela génère un étrange vertige. Peut-être sont-ils liés et que l’on peut, par un moyen qu’il me reste à découvrir, passer de l’un à l’autre.
L’espace d’un instant, je me suis retrouvé en Malaisie, sur cette petite île escarpée et couverte de jungle. Manquaient la chaleur moite et quelques macaques, mais avec un peu d’imagination…

L’allumeur de réverbère

Le hameau semblait abandonné. Des traces de présences passées, mais pas de vie.
Un silence de pierre.
Un souffle que l’on retient.
Je me suis arrêté près de l’unique lampadaire. Il semblait attendre, depuis longtemps, quelqu’un à éclairer.
Je suis parti avant la nuit, je n’ai vu aucune lumière et n’ai entendu aucun bruit.

Oiseau

L’oiseau se pensait seul. Il ne m’avait pas vu.
Il tournait la tête, à gauche et à droite, sur le qui-vive. S’il avait regardé en face, il m’aurait aperçu. Et je l’aurais perdu.
Alors je me suis rendu invisible.
Quelques secondes à peine. Le temps de le regarder vivre.

Penché

Contre le vent de face, il te faut lutter. Redoubler d’effort pour continuer à avancer. Batailler, épaules en avant. C’est un rapport de forces.
Le vent dans le dos, lui, t’accompagne. Il te porte. Il est impatient, te chasse presque, mais il soulage ta peine, alors tu ne lui en veux pas.
Alors qu’un vent de côté, mi-ennemis mi-allier, te fait tituber. Tu es pris d’ivresse, on dirait.
Tu penches, mon vieux. Tu penches…
 

Un abri

Il y a des demeures, des abris, qui ne peuvent appartenir qu’à des êtres féériques. Farfadets, trolls ou sorciers, hobbits ou lutins. Leurs maisons ne sont accessibles qu’à pied, il faut connaître le chemin. Et quand elles se dessinent, on allège le pas, afin de ne point se faire remarquer.
On ne voudrait pas déranger les âmes légendaires qui les occupent.

Coupé-rangé

Il y a quelque chose de rassurant à voir les bois ainsi coupé, rangé, ordonné. Cela tient, sans doute, à l’assurance d’une protection à venir. Protection contre le froid, contre le manque. Peut-être, si le bois était en tas, cela n’aurait pas le même effet. Ici, il forme des murs.
Des remparts.
Des frontières.
Comme les jeux de foire, les chamboultous, je sens monter en moi une irrésistible envie de les faire tomber.

Cascade

On l’entend avant de la voir.
Un grondement, un grognement, un bouillonnement.
On hâte le pas pour s’y rendre au plus vite. Comme si l’on risquait de louper quelque chose.
La cascade est un point de chute. Une attraction. Son déroulé incessant, hypnotique, nous capte l’esprit. Sa puissance sonore nous cloue le bec. C’est elle la reine du cours d’eau, son point d’orgue.
Tout autour, on croirait les éléments tournés vers elle, prosternés. Faut dire qu’elle se donne en spectacle. Pourtant, ce n’est que l’eau, camarade.
Ce n’est que de l’eau.

Une porte (et sa promesse)

Le côte est sévère, le pas laborieux, on s’enlève dans la douleur. En longeant cette petite porte de potager, de belle facture, une seule envie nous occupe l’esprit : la pousser. Aller au-delà, faire une pause. Sur du plat.
Mais on laissera cette promesse de côté, on dépassera le portail de bois de notre pas pesant, parce que nous nous sommes engagés sur le chemin et qu’il n’est pas question de le quitter.
Obstination du randonneur.
Dans notre dos, la petite porte semble nous narguer.
Lentement, tu as laissé passer ta chance.

6 Responses

  1. L’idée est plaisante : bifurquer avant le péage et les grandes autoroutes des réseaux sociaux, prendre les chemins de traverse… Suivre son propre chemin et y développer sa pensée, sa créativité.
    Merci pour l’invitation à ces rêveries de promeneur.

    1. Merci à vous, oui, les divers chemins n’attendent que nos pas, ça serait tellement dommage de ne pas répondre à l’invitation… Bonnes balades à vous.

  2. Magnifique. Cela donne envie de laisser derrière nous les tumultes de la ville et toute cette folie. Merci.

    1. C’est nécessaire, et même vital. Allez, enfilez vos godasses, les sentiers nous appellent !

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